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Peut-on concilier finance et anarchie? Les théoriciens vous diront que non! Mais Pessoa relève le défi, déstructurant, au cours d'un brillant dialogue, l'idée que "Les hommes, si bien intentionnés soient-ils, puissent travailler ensemble sans créer une nouvelle forme de tyrannie. Il faut donc agir séparément. Pour combattre seul, il faut réduire à néant la plus importante des fictions sociales : l’argent. Or c’est en l’acquérant en quantité suffisante que l’on cesse de sentir son influence ; plus grande est la quantité, plus libre l’on est".  Édité pour la première fois en 1922, Le banquier anarchiste, seule « fiction » parue du vivant de Pessoa, se révèle un délice d'intelligence et ... d'actualité! D'estocades en reflexions universelles, de sa plume cisellé, l'écrivain, à la fin de l'envoi, fait mouche!

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L'auteur du "Livre de l'intranquilité" développe dans ce petit opuscule tant un style remarquable, et une rhétorique qui sert admirablement les desseins des personnages, qu'un brûlot contre la société bourgeoise capitaliste. La trame? Une discussion au fleuret entre deux protagonistes. L’un des lascars est banquier de profession et se prétend anarchiste, comme il le fut dans sa jeunesse : son interlocuteur l’interroge donc sur la manière dont il s'arrange avec son métier et ses valeurs morales. C’est alors que notre homme part dans des théories abracadabrantes et totalement paradoxales pour justifier son statut actuel.

Si ce texte est un pamphlet, il nous invite à sourire par son côté ironique, mordant, soulignant l'absurde développement, titillant la mauvaise foi du cher banquier.

Et Pessoa de démontrer l'impossibilité d'une société où le bien commun ne peut se conquérir que par la réalisation individuelle et matérielle. Bref, un régal!

Le Banquier Anarchiste