Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe, Donal Ryan, Albin Michel.

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Auteur que la XXVème Heure avait déjà largement célébré pour son premier opus Le Cœur qui tourne, l’écrivain irlandais confirme avec ce second roman grave et singulier, portrait de l’Irlande d’aujourd’hui et récit bouleversant d’un homme qui ne trouve pas sa place. Jeune paysan naïf et solitaire, Johnsey vit à l’écart du monde. Il travaille à la coopérative du village, avec sa famille pour seul lien. À la mort de ses parents, il hérite de leur ferme, éveillant aussitôt la jalousie de la communauté.  Et lorsqu’un consortium promet la prospérité au village en échange du rachat de ses terres, Johnsey refuse. Il devient dès lors un ennemi aux yeux des villageois, qui lui déclarent la guerre… Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe raconte, au jour le jour, le combat d’un homme seul qui tente par tous les moyens de trouver un sens à sa vie dans un monde qui en est dénué. Donal Ryan livre au passage une formidable critique de la société moderne et du matérialisme qui vient à bout de toutes les valeurs et de tous les idéaux. 

L'amant noir, Etienne de Montety, Gallimard.

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L'histoire de Fleurus, lieutenant qui se pique d’écriture, sur vingt-cinq ans. Dans une épopée haletante qui le mènera de la Turquie à Paris, en passant par le Maroc, cet enfant bien né et perdu parvient au carrefour de sa vie. La première guerre est terminée mais se poursuit sur un autre front, car il faut réapprendre à vivre. Comment peut-on rester debout après s’être couché sous les balles ?L’antihéros préfère s’allonger sur les nattes des fumeries d’Istanbul – alors Constantinople. À la fois faible, victime de ses passions et centré sur lui-même, loin de ses racines et repères, il s’adonne à l’opium. L’« amant noir » lui permet un temps de ne pas succomber au hüzün, cette mélancolie des bords du Bosphore. Fleurus sera-t-il guéri par Artémis, femme qui n’est pas son genre ? Par la vie littéraire et mondaine où le lecteur s’endort avec lui, au petit matin, sur une mauvaise banquette de Montparnasse ? Étienne de Montety signe avec L'Amant noir un roman de fièvre et de ferveur. Qu'est-il allé chercher dans ce sombre héros, qui se perd dans la drogue et ne trouve de sens à la vie que dans les anthologies de poètes ? Un double de l'écrivain, en version satanique ? Un autre moi, un frère d'armes, perdu et malheureux ? Avec Fleurus, le romancier poursuit une quête en direction des mondes inquiétants qu'il affectionne, où les interdits, la transgression, agissent comme des aimants et forcent à reculer les limites. Dans un style à la fois maîtrisé et inspiré, étrangement apte à saisir les forces obscures, l'auteur se risque aux confins de la nuit.

Peggy dans les phares, Marie-Eve Lacasse, Flammarion

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 *« Elle est grande, mince et brune. Elle a des gestes, un caractère, une dégaine. » Ainsi Françoise Sagan décrit-elle Peggy Roche, dans un article paru en 1987(1) . Ailleurs : « Une dégaine de femme fatale et des pudeurs d'adolescente, la colère prompte mais le coeur sur la main, l'oeil distrait mais un regard de lynx. » Portraits précis, lapidaires - des mots nets comme des traits de crayon traçant sur la page blanche une silhouette ferme, élégante, impeccable. Peggy Roche fut pourtant, pour Sagan, bien plus qu'un profil esquissé. Une compagne, une amie, une épaule, un fol amour, plus de quinze années durant - mais comme se tenant dans l'angle mort de l'image chatoyante et rabâchée de la Sagan publique. Jamais, en effet, les deux femmes ne s'affichèrent en couple. Elles reposent à présent toutes deux au cimetière de Seuzac, près de Cajarc, berceau de la famille Sagan, mais le nom de Peggy Roche ne figure pas sur la sépulture de pierre, demeurée anonyme. Insaisissable Peggy Roche, à qui Marie-Ève Lacasse consacre aujourd'hui ce joli roman-portrait qui tente de l'attraper, d'en pénétrer le coeur et les pensées, Peggy dans les phares. Emettant, pour ce faire, de séduisantes et convaincantes hypothèses. Retraçant tantôt à la troisième personne, tantôt en donnant voix à Peggy, l'odyssée du singulier binôme que formèrent les deux femmes, auscultant leur relation amoureuse symbiotique - « J'analyse le monde avec tes souvenirs et ta manière d'habiter la vie. Je suis traversée par tes pensées obsédantes » - qui n'avait nul besoin du regard des autres pour exister et, au fil des années, dépasser « l'euphorie originelle » de la rencontre et des premiers instants, pour toujours se consolider, en puisant dans la durée une force, une solidité, une réciprocité sans faille. Mannequin, puis rédactrice de mode et styliste, femme ambitieuse et stoïcienne, Peggy Roche aurait rencontré Sagan pour la toute première fois en 1955, peu après la parution de Bonjour tristesse, propose Marie-Eve Lacasse. Leur relation amoureuse se noua bien plus tard, et dura près de vingt ans, jusqu'à la mort de Peggy, en 1991.  

(1) Chroniques 1954-2003, éd. Le Livre de Poche.

* Télérama 

Johnny porter et le secret du Mammouth Congelé, Lionel Davidson, Belfond.

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Un laboratoire clandestin perdu en Sibérie, un scientifique soviétique qui joue les apprentis sorciers avec le cadavre d'une femme vieille de quarante mille ans, un Indien du Canada en mission pour la CIA... Une course-poursuite aux confins de la taïga gelée sur fond de guerre froide et de délires staliniens...

Dans cet ultime roman, paru en 1994 outre-manche, Lionel Davidson croise une aventure en terres étranges et hostiles avec un passionnant roman d'espionnage. Le lecteur s'accroche à de vrais héros de la trempe de ceux qu'on peut encore trouver chez Stevenson ou Kipling...