CVT_Pour-que-rien-ne-sefface_1675

Si, souvent, elle prend la plume pour lutter contre la solitude, Catherine Locandro s'entoure, dans ce septième roman, de douze personnages. Douze voix et autant d'existences pour conter un destin, celui de Lila.

"Nous aurons le destin que nous aurons mérité" souligne Einstein. Et l'auteure de "Pour que rien ne s'efface" d'apostropher cette certitude. De son écriture cristalline, elle tisse, en parfaite Ariane, le fil d'une vie, en explore les invisibles chemins, en exhume les arcanes, en écosse les blessures... révélant une femme qui aura moins tenté d'exister que de subsister. Un portrait tout en intelligence guidé par la grâce de comprendre et de ne point juger.

C'est donc l'histoire de Liliane Garcia, alias Lila Beaulieu, comédienne éphémère, égérie de la "Nouvelle Vague" dont la foudroyante beauté enflamma les coeurs cinéphiles. Nous sommes quelque part en 2014 et le corps en putréfaction d'une sexagénaire, retrouvé dans une mansarde du 9ème arrondissement, laisse imaginer qu'elle est décédée, dans une indifférence totale, depuis quelques semaines déjà. Qui est-elle cette femme, vêtue d'un tailleur Chanel, qui ne semble avoir eu comme derniers confidents que la solitude, l'alcool et les médicaments?

Sous forme d'un requiem en douze mouvements, les témoins se succèdent pour égrener les souvenirs et raconter Lila: de son enfance méditerranéenne aux projecteurs cannois et hollywoodiens, de la gloire à l'oubli, de maris en amants, de femme à mère, de hasards en désillusions. Surtout, ce sont les douleurs d'une famille qui se ravivent, les culpabilités, les secrets tus, l'impossibilité de pardonner. Dans ce portrait kaleidoscope s'esquissent les contours de l'existence, les carrefours qu'on emprunte, les raisons de la colère, l'enfance que l'on fuit et à laquelle on ne peut échapper...

Un sublime roman mille-feuille, parfaitement maîtrisé, où s'entrelacent les particules individuelles pour révéler l'universel. Une véritable pépite dans cette rentrée 2017. Bref, un régal!